Lot n° :45Pham Hau (1903-1995)
Paysage du Tonkin
Paravent à six feuilles en laque polychrome et or.
Signé en bas du panneau de droite en caractères chinois suivi du cachet à la fleur de lotus.
(Rayures)
Dim. totale 112 x 197 cm; l. chaque feuille 32 cm.Provenance : Acheté à l’artiste par le grand-père de l’actuel propriétaire, directeur des Postes, Télégraphes et Téléphones à Hanoï où il résida entre 1925 et 1948.
Photo © Joan Tomás
Estimation 100.000/150.000 Euros
Phạm Hậu (1903-1995), figure emblématique de l’art vietnamien du XXᵉ siècle, est l’un des maîtres de la peinture en laque (sõn mài). Il naît en 1903 dans le village de Đông Ngạc, près de Hanoï et étudie à l’École Supérieure des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï de 1929 à 1934, formation déterminante pour sa carrière. Là-bas, il est formé par Victor Tardieu et Joseph Inguimberty, qui l’initient à l’innovation picturale, mais aussi à porter un regard nouveau sur les paysages de leur pays, au-delà de la ville. Phạm Hậu rejoint une génération d’artistes vietnamiens avant-gardistes, avec des contemporains comme Nguyen Gia Tri. Après ses études, il ouvre son atelier de laque à Ðông Ngạc. Il se distingue rapidement par sa maîtrise technique et son sens de la composition. En 1935, il remporte la médaille d’or de la Société Annamite d’Encouragement à l’Art et à l’Industrie (SADEAI) à Hanoï. Ses oeuvres mêlent les couches de laque traditionnelles à des touches de pigments rares, d’or et d’argent, créant des effets de profondeur et de reflets uniques. Au cours des années 1940, il expose avec succès et reçoit des distinctions, dont la médaille du Dragon d’Annam. En 1949, il fonde avec d’autres artistes l’École Nationale d’Artisanat à Hanoï pour enseigner la technique de la laque. Sa production est variée : tableaux, paravents, objets décoratifs et mobilier laqué amplifient sa réputation internationale.
Ce paravent évoque un paysage du Tonkin idéalisé, illustrant le motif d’une architecture engloutie dans une végétation luxuriante, tandis qu’au loin s’entrevoient entre les feuillages un horizon de collines. L’œuvre est réalisée en laque, technique traditionnelle vietnamienne obtenue à partir du suc du Rhus succedanea, principale source de laque au Tonkin. Cette résine, extraite par entailles dans l’arbre, est ensuite décantée, purifiée et parfois teintée. À l’état naturel, la laque se présente soit noire (sõn then), soit brun-rouge (cánh gián, littéralement « aile de cafard »). L’ajout de pigments, notamment le rouge issu du cinabre, permet à l’artiste de développer une palette polychrome. Les applications d’or visibles ici viennent parachever un long et minutieux travail de polissage, qui permet à l’artiste de jouer avec la lumière en alternant surfaces mates et brillantes, parfois presque scintillantes.
Le panneau de droite porte, en bas à droite, la signature de l’artiste en caractères chinois (Pham Quang Hau), accompagnée d’un cachet. Cette signature pourrait indiquer qu’il s’agit d’une œuvre de jeunesse. Plusieurs paravents signés de la même manière ont en effet été attribués à une période précoce de sa carrière, autour de 1938, peu après sa sortie de l’École des Beaux-Arts. Cette phase, généralement considérée comme la plus virtuose de son travail, laissera place plus tard à un travail d’atelier plus académique, quand Pham Hau fera appel à des assistants dans son travail.
La Suite Subastas
Barcelone
Vente le mercredi 29 avril 2026 à 19h.