Makuzu Kozan, une histoire familiale

 

1La période Meiji (1868 - 1912) marque une transition dans la fabrication de la céramique du Japon. Au cours de la seconde partie du XIXe siècle, suite à l’ouverture du Japon à l’occident, l’émergence de nouvelles techniques et de styles provenant de l’étranger favorise les innovations techniques et stylistiques des potiers.

Miyagawa Kôsan, quatrième fils de Makuzu Chôzô, est issu d'une longue lignée de potiers de Kyoto. Il reprend l'entreprise familiale en 1860, à l'âge de 18 ans, afin de fabriquer des récipients pour le thé à feuille, puis durant le bakumatsu (la fin du shogunat Tokugawa), il dirige des ateliers comme le four Mushiage de la province de Bizen. En 1870, il déménage à Yokohama en compagnie de sa famille et de quatre apprentis. En l'an 4 de l'ère Meiji (1871) il ouvre son propre atelier, le four Makuzu, afin de réaliser des céramiques destinées à l'exportation. Il sauvegarde le savoir faire traditionnel de l’air Edo tout en utilisant les innovations issues de l’ouverture du Japon au Monde.

Makuzu Kôzan est à la fois un artiste, un patriote, un commerçant et un potier traditionnel, capable de s’adapter à son temps. Il emploie diverses techniques pour produire ses créations : la porcelaine en couleur du style des Kyô-yaki, la peinture nishikide de Satsuma, le céladon, la porcelaine blanche, le sometsuke (porcelaine bleue et blanche), l'émail jaune (kôyû), la peinture détaillée ou encore le relief. La taille des marques s’adapte à la taille et la fonction utilitaire de chaque porcelaine. Le type de signature le plus courant sur les porcelaines de Makuzu Kôzan est une signature ou marque de sceau en bleu de cobalt sous couverte à la manière des marques impériales chinoises que l’on peut voir sur des porcelaines du XVIIIe siècle. Les caractères sont souvent entourés par un simple ou double cercle en bleu sous couverte ou par un simple ou double rectangle, ou incisé ou peint. Ces marques étaient souvent appliquées à la main, et parfois juste appliquées par un procédé technique en copiant la signature sur un papier calque à l’aide d’un crayon de charbon de bois, dit « sumi ». Reconnu aussi bien au Japon qu'à l'étranger, il remporte un prix lors de l'Exposition Universelle de Philadelphie en 1876, ainsi que deux premiers prix lors de celles de Paris en 1878 et 1889. En l'an 29 de l'ère Meiji (1896), Kôzan fut nommé artiste du ministère de la Maison impériale en compagnie de Namikawa Sôsuke, Namikawa Yasuyuki et Kishi Chikudô. Kôzan I devient Teishitsu Gigeiin, un artiste impérial en 1896. Le père et le fils, Makuzu Kôzan I et II, participent au dynamisme et au développement des ateliers de céramique du début du XXe siècle, ils étaient en quelque sorte les directeurs artistiques des ateliers, surveillant et dirigeant le travail des artisans. Durant cette période, la maison impériale commande des pièces de haute qualité et souvent à grande échelle auprès de l’atelier Kozan, dans le but d’offrir des présents impériaux. En 1882, Kozan I rend officiellement son fils Miyagawa Hanzan responsable de l’entreprise familiale, même s’ils continuent à collaborer jusqu’au décès de Kozan I en 1916.2

Kozan II expose leurs créations lors d’expositions impériales comme en 1927, et entre 1936 et 1940. Son héritier, Kozan III meurt au cours de la seconde guerre mondiale, lors de bombardements aériens sur l’atelier à Yokohama, lorsque la totalité de l’atelier de Makuzu est complètement détruit. Selon l'historien d'art Shiota Makoto, Kôzan reste l'un des trois céramistes marquants de l'époque, au côté de Takemoto Hayata et Inoue Ryôsai.

Amélie Rolin


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