Zhang Chen - Laque Yuanplat yuan

Le XIVe siècle, point culminant du laque sculpté en termes de somptuosité, est ici illustré par une œuvre de Zhang Cheng, l’un des artistes les plus réputés de la fin de la dynastie Yuan (1279-1368).

Il s’agit d’une période primordiale dans l’histoire du laque en Chine car s’allient le talent du grand artiste à celui de la virtuosité technique de l’époque. Sous les Yuan, l’on peut noter d’importants changements au niveau de la technique et de la stylistique, particulièrement à travers la complexité des formes et de l’approfondissement dans le relief de la sculpture. Selon Wang Zuo dans le Gegu Yaolun : “ Sous la dynastie des Yuan, les maisons aisées commandaient des objets en laque sans imposer de limites dans le temps de création”. La transition entre la fin de la dynastie Yuan (1279-1368) et le début de la dynastie Ming (1368-1644) témoigne d’une évolution majeure dans l’art du laque sculpté. Celui-ci passe d’un art décoratif à une production impériale de grande qualité similaire au développement parallèle de la porcelaine bleu blanc. Le développement de ces arts amène l’empereur Yongle (1403-1424), à utiliser ces laques et la porcelaine comme échange diplomatique avec le Japon. En effet, l’existence d’une production de haute qualité impériale est suggérée par un important document Ming constitué d’une liste des cadeaux de la cour de l’empereur Yongle au Shogun Ashikaga du Japon, commençant dès la première année du règne de Yongle jusqu’à au moins 1407. Il enregistre un total de deux cent trois pièces de laque rouge sculpté à avoir été transmises à la classe dirigeante japonaise. Or, le type de plateau présenté ici s’utilisait comme support d’une boite ronde de même décor, ustensile nécessaire à la cérémonie du thé dans les Temples au Japon. Ceci explique pourquoi quelques pièces avec ce type de forme, technique et de décor se retrouvent dans différents musées au Japon, et sans doute pourquoi la boite de conservation de cette coupe est japonaise.

Cet objet rare pourrait bien être l’une des dernières œuvres connues survivant au maître. Le revers sculpté de motifs de « xiangcao » inspirés des pommeaux des premières épées chinoises, est une caractéristique typique des plateaux de l’époque Yuan. Zhang Cheng exerçait au sein du quartier de Xitang, à Jiaxing, dans la province de Zhejiang, lieu central de la fabrication du laque sculpté. Contemporain de l’artiste Yang Mao, artiste laqueur, ils sont cités pour la première fois dans le manuel du Gegu Yaolun, traité sur la collection et l’acquisition d’antiquités écrit par Cao Zhao, en 1388, traduit par la suite par Sir David Percival dans le Chinese connoisseur ship, à Londres en 1971. Les plats floraux Yuan de ce type sont remarquables par les profondeurs variées de la sculpture et le dynamisme rendu. Parmi les différents types de laque toujours présents sous les Yuan se trouvent les laque tixi (dit peau de rhinocéros). Celles-ci peuvent être noires ou rouges, avec une ou deux couches d’autres couleurs incluses, ou elle peut être composée de deux ou trois couleurs d’égale finesse.

Bien que Zhang Cheng soit généralement considéré comme un artisan de la dynastie Yuan (1279-1368), il a très probablement vécu sous Hongwu (1368-1398) et peut-être même au début de la période Yongle.

 

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