16 juin 2020 - PARIS - Ader Nordmann & Dominique

Salle Favart - 3 rue Favart
75002 Paris
Live confiné

Catalogue -  圖錄 

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Lot n° 30 CHINE - Epoque QIANLONG (1736 - 1795) UK

Vase de forme bouteille à col étroit et légèrement évasé avec renflement près de l'épaulement en porcelaine émaillée polychrome dit yangcai et or sur fond jaune sur le col et sur la panse dans un bandeau entouré d'une frise rose en forme de lingzhi à décor à la façon sgraffiato de fleurs de lotus dans leurs rinceaux, et de motifs de brocart formés par des triangles rappelant le patchwork. Les anses en forme de dragons émaillés or. La partie inférieure du col ornée d'une frise de grecques bleue. Le vase repose sur un piédouche ourlé. Au revers de la base, la marque en rouge de fer à six caractères de Qianlong en zhuanshu sur fond bleu turquoise. (Petits manques d'émail). H. 26,3 cm.

Provenance : Ce vase a été collecté par monsieur G.G, capitaine au cent deuxième régiment d'infanterie de ligne, lors d’une expédition en Chine en 1860, campagne pour laquelle il a été décoré.

Il a par ailleurs été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1860. Il est ensuite décédé en 1870

Référence: Vase similaire sur fond rubis et blanc vendu le 8 avril 2009, lot 1692 chez Sotheby's Hong Kong.

Estimation 600.000/800.000 Euros

 

 

Ce vase jaune émaillé polychrome et or, qui peut être rapproché des émaux dits yangcai est représentatif de l’innovation technique avancée dans la fabrication de porcelaine sous le règne de l’empereur Qianlong (1735-1796). Non seulement original par sa forme, il l'est aussi par ses motifs. Au cours de cette période, l’ingéniosité technique et la créativité de la dynastie Qing se trouvent à leur apogée, avec la création de nombreuses porcelaines destinées à satisfaire le plaisir de l’Empereur et celui de la Cour impériale. Celles-ci se manifestent non seulement dans la variété des motifs décoratifs mais aussi dans la diversité de forme des récipients, de la simple tasse et soucoupe aux vases tournants complexes. Cette catégorie de pièces peintes faisait partie des types de porcelaines les plus prisées au sein de la cour Qing, et auprès de l’empereur lui-même. Ainsi, ces porcelaines très rares et précieuses doivent leur existence aux goûts esthétiques de l’empereur Qianlong et aux réalisations poussées de Tang Ying, superviseur des fours impériaux.

Selon Tang Ying, le terme de porcelaine yangcai désigne des "porcelaines sur lesquelles une nouvelle technique empruntée à la méthode de peinture occidentale est utilisée". Ces porcelaines sont agrémentées d’émaux polychromes remarquables à décor de personnages, de paysages, de fleurs et de plumage, utilisant des techniques « de peinture de l’Ouest », apportées par les jésuites. Les Archives des Ateliers Impériaux de l’époque les classent dans la catégorie des céramiques en émail de falang, « étranger ». Ces deux derniers types furent alors étroitement associés. Les porcelaines yangcai sont classées comme des émaux falangcai, des porcelaines peintes sur lesquelles sont apposées des techniques de peinture et des décors occidentaux. L’utilisation d’un ombrage, dans le rendu du décor sur les porcelaines, vise à donner au corps une qualité tridimensionnelle. L’ornementation d’un pigment blanc sur les motifs de fleurs ou de feuilles met en exergue l’ombre et la lumière, tout comme la peinture en perspective sur les compositions figuratives. Les motifs décoratifs se caractérisent principalement par des fleurs de style occidental, comme le chrysanthème et l’anémone, et l’utilisation de compositions florales occidentales.

Tang Ying, afin de satisfaire les exigences de l’empereur Qianlong, très regardant sur la qualité d’exécution des arts, crée un nouveau style, en utilisant la technique de motifs de brocart de fleurs. L’application des motifs de brocart de fleurs dits 'jin shang tian hua', est réalisée par l’ajout de motifs floraux incisés ou par un fond de brocart peint sur la surface de la porcelaine. Il s’agit de la décoration la plus courante sur des porcelaines falangcai à partir de la 6e année du règne de Qianlong, indépendamment du motif principal ou en bordure. Sept siècles auparavant, le poète et calligraphe de la dynastie Song Huang Tingjian (1045-1105) mentionne pour la première fois dans son poème intitulé Une Ode au Monastère bouddhique de Liaoliao, l’expression, ‘jin shang tian hua’ mot à mot « ajouter des fleurs au brocart », c’est à dire « faire de ce qui est bon quelque chose de meilleur ». Or l’empereur Qianlong, lui-même calligraphe, poète et artiste, vouait une grande admiration à Huang Tingjian.

L'autre motif remarquable de ce vase est l'assemblage géométrique triangulaire, que l'on retrouve sur la panse au centre des entrelacs et sur le col au niveau du renflement et surplombant les feuilles d'acanthe. Ce motif dit "de rizières", évoquant les champs juxtaposés, serait emprunté aux textiles damassés de l'époque, qui eux-mêmes s'inspiraient de textiles du XVIe siècle. Il était dit que les vêtements en patchwork assuraient une croissance harmonieuse aux enfants qui les portaient, ce qui en faisait un motif populaire durant les dynasties Ming et Qing. Ce motif peut également évoquer les textiles utilisés par les moines bouddhiques : en référence au vêtement porté par Bouddha, formé de haillons cousus ensemble, les suiveurs de sa doctrine portent un vêtement fait de plusieurs lés de tissus, provenant d'anciens vêtements assemblés pour faire une robe monastique.

Quant aux marques de règne, au cours des deux premières décennies du règne de l’empereur Qianlong, de nombreuses expérimentations de marques sont réalisées sur les porcelaines. Par exemple, parmi les porcelaines yangcai et falangcai de la collection du Musée du Palais National et du Musée du Palais, il existe au moins seize différents types de marques de règne de Qianlong. Parfois, on utilisait la marque de règne de Qianlong à quatre caractères en bleu sous couverte, parfois, en rouge de fer, en cachet ou en écriture ordinaire, et parfois le format de cachet à six caractères en bleu de cobalt ou en rouge de fer. Certaines marques ont été écrites dans un cadre double, certaines dans un seul cadre et d’autres sans cadre. Les marques de règne inscrites en rouge de fer, étaient apposées à l’occasion de la célébration de l’anniversaire de l’empereur.