Cachet Suo Bao Wei Xian

La culture du cachet en Chine est devenue florissante au cours des dynasties Ming et Qing. Parmi les douze empereurs de la dynastie Qing, l’empereur Qianlong (1736-1795) est celui qui posséda à la fois le plus grand nombre de cachets et les plus remarquables par la qualité. Plus de 1800 lui auraient appartenu, dont 700 ont disparu. Un millier d’entre eux sont conservés au Musée de la Cité Interdite.
Les cachets sont de taille et de formes variables : carrés, ronds, rectangulaires, ovales… Ce cachet carré de huit centimètres et demi de côté fait partie des plus grands. Les matériaux dont ils sont faits sont tout aussi divers : néphrite, bois, or, argent, bronze, pierres précieuses… La stéatite dans laquelle celui-ci est travaillé provient de la province de Fujian ; on la désigne par le nom de la ville près de laquelle elle est extraite : Shou shan. Cette variété de pierre est restée longtemps sous-estimée ; néanmoins, depuis le milieu de la dynastie Ming, elle a été de plus en plus prisée par les lettrés pour la fabrication de leurs cachets, à tel point qu’à l’époque de l’empereur Qianlong, sous l’influence de la Cour, la stéatite de Shou shan est devenue une des pierres de cachets les plus précieuses, en particulier la variété Tian huang : cette stéatite de couleur jaune caramel a même été surnommée « l’empereur de pierre ».

 

Le décor de ce cachet, neuf dragons parmi les nuages, est fortement symbolique : « 9 » est le plus grand des nombres impairs à un chiffre, qui représente le pouvoir masculin le plus puissant dans la nature ; quant au dragon, il est le symbole de l’autorité impériale. Ce décor rappelle une peinture fameuse de la dynastie Song : il est typique du goût de l’empereur, qui aime que les objets de son époque reflètent des chefs d’œuvre anciens. Aujourd’hui les cachets de l’empereur Qianlong demeurent une référence primordiale pour authentifier les peintures et les calligraphies impériales. Comme l’écrit l’historien japonais Sugimura Yuzo dans son livre L’empereur Qianlong : « Sous l’aspect culturel, la Chine du 18ème siècle est le pays le plus important du monde, la personne la plus importante de ce pays est l’empereur Qianlong. Il est né au début du siècle et mort à 89 ans en 1799. Pendant son règne de 60 ans, il a prouvé ses nombreux mérites et obtenu des succès significatifs. La plupart des œuvres d’art précieuses de l’histoire de l’art chinois ont un lien avec cet empereur. »

Les inscriptions des cachets évoluent au fil des époques, y compris par la graphie. Les polices de caractère diffèrent : kaishu (écriture régulière), lishu (écriture de chancellerie), caoshu (écriture cursive)… L’inscription en écriture zuanshu de ce cachet, « Suo Bao Wei Xian », provient du Classique des documents, un recueil de documents politiques des souverains de l’Antiquité chinoise (environ troisième millénaire av. J.-C. – 627 av. J.-C.). C’est une forme abrégée d’une devise qui, dans sa forme intégrale, se traduit ainsi : « Si vous n’appréciez pas les objets précieux et considérez uniquement les hommes de talent comme les trésors de l’Etat, tout le monde se soumettra à vous ». De nombreux empereurs chinois regardent cette devise comme un des principes politiques les plus importants. L’empereur Qianlong a commandé plusieurs cachets portant cette inscription, qu’il a utilisée sur des peintures et des calligraphies afin d’exprimer son respect des élites intellectuelles. Aujourd’hui, en regardant ce cachet « Suo Bao Wei Xian », nous pouvons ressentir à la fois l’esprit littéraire, le goût artistique et la pensée politique de ce grand empereur.

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